Quelques rituels africains de naissance

Quelques rituels africains de naissance

En ce qui concerne les rituels de naissance, nombreux sont les témoignages sur la toile. Beaucoup mettent l’accent sur le placenta. Faisant l’objet d’un grand rituel, il est enterré près de la maison, près du lieu où la maman a mis au monde son enfant, pour signifier ‘son ancrage à la terre qui l’a fait naître’. Il est restitué à la terre afin de la féconder davantage et de donner plus de vie à ceux et celles qui l’habitent. Telle est la croyance africaine qui, parfois, émerveille les Occidentaux. «Il est dommage qu’en Occident le placenta soit considéré comme un déchet, alors que dans tant de cultures, surtout africaines, le placenta est considéré comme le double de l’enfant, et est donc très sacré».

Village de Mafa au CamerounIl convient de s’intéresser, entre autres, au rituel « sortir le nouveau-né » pratiqué dans le sud du Bénin, pays de l’Afrique de l’Ouest membre de la CEDEAO. On en parle avec passion dans un forum sur Les Chroniques de l’Au-delà. Il s’agit de rituels complexes, qui s’appuient essentiellement sur la loi de l’analogie. Ces rituels varient plus ou moins sensiblement d’une ethnie, d’un clan ou d’une famille à une autre. Mais dans l’ensemble les étapes principales restent les mêmes. Ci-dessous les extraits dudit forum.  Il permet de découvrir les étapes de ce rituel béninois.

Ce rituel consiste a introduire le nouveau-né et sa mère dans le « monde des vivants ». La mère et l’enfant sont considérés comme ne faisant qu’1 durant les 3 premiers mois suivant la naissance. Le nouveau-né est considéré comme un être venant d’ailleurs, venant du monde invisible. Quant à la mère, on dit qu’elle revient du pays de la mort: accoucher se dit « aller au pays de la mort et en revenir ». Pour que tout se passe bien, il faut donc réintroduire la mère dans le monde des vivants qu’elle a quitté le temps de l’accouchement, et introduire « l’intrus » (le nouveau-né) dans le nouveau monde dans lequel il est appelé à vivre désormais. Ce rituel est appelé « vi di dé ton« , littéralement « sortir le nouveau-né ».

Le premier rituel, c’est la coupure du cordon ombilical. Une fois le cordon coupé, la mère doit le toucher de la langue 7 fois. Ensuite le cordon et le placenta sont mis dans un canari. Le second, on fait boire au nouveau-né de l’eau de ruissellement prélevé sur le sol. Le troisième, le placenta qui a servi à nourrir et protéger le bébé pendant les 9 mois de la grossesse sera restitué à la terre. C’est un rituel capital, car s’il est mal exécuté, il est censé pouvoir rendre la femme stérile pour le restant de ses jours. Le placenta doit toujours être enterré avec l’attache du cordon ombilical vers le haut. On y ajoute certaines feuilles, parfois aussi de l’huile rouge, et un morceau de peau d’hyène. C’est en général une femme déjà atteinte de ménopause qui restitue le placenta à la terre. Si l’enfant est né un mardi, le placenta sera enterré dans la douche où sa mère se lave. S’il est né un vendredi, ce sera au bord d’un fleuve. [Et les autres jours?]

Apres l’accouchement, et une fois le placenta restitué à la terre, on commence à surveiller la lune. A la veille de la nouvelle lune, la mère et son bébé sont « enfermés ». Commence ainsi une période de réclusion qui va durer 3 lunes. Pendant cette période, la mère est interdite de tous travaux domestiques: interdiction de puiser de l’eau, de Femmes de Figuil au Camerountransporter des fagots de bois, d’aller au marigot, d’aller au marché, d’aller au champs, etc. D’autres femmes de la maison font tout cela à sa place. Dans la journée, elle peut déambuler dans la concession, mais elle doit regagner sa chambre avant la tombée de la nuit. Car le bébé ne doit pas voir la lune, et la lune ne doit pas le voir non plus. Pareil pour la mère. Si elle voit la lune, on considère que c’est l’enfant qui l’a vue.

Tous les soirs, un feu est allumé dans sa chambre, c’est le feu sur lequel sont préparés les remèdes pour les soins de l’enfant et de la mère (cicatrisation du nombril, montée du lait, anémie, etc.). Ce feu ne doit jamais s’éteindre avant l’aube. Quand le cordon ombilical tombe (entre 6 et 10 jours après l’accouchement), on le range soigneusement hors de portée de la vue de l’enfant. De même que la cendre du foyer et les bûches ayant servi à l’allumer. Pendant cette période, les femmes les plus âgées de la famille du père de l’enfant passent régulièrement chez la mère, pour l’instruire sur les soins du bébé et sur les interdits de la famille de son mari…

Voilà qui pourrait paraître trop archaïque. Voir d’autres coutumes en Angola. Ces rituels sont-ils également d’usage en ville ? «Il est très difficile en ville de respecter une période de réclusion aussi longue: la plupart des femmes en ville travaillent ou ont une activité commerciale. En outre, en ville, les familles sont de plus en plus mononucléaires (papa, maman, enfants), et éloignées les unes des autres».

Quoiqu’il en soit, cette période de « retraite » imposée à la mère et à l’enfant doit être très reposante et permettre une meilleure symbiose entre la mère et son enfant. « Aller au pays de la mort et en revenir » peut s’interpréter comme «aller dans l’au-delà chercher une âme et la ramener pour qu’elle s’incarne dans ce monde».

 

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